Bien préparer sa soutenance de thèse – Les conseils de Julie Jammes

Dernière ligne droite du parcours doctoral, la soutenance de thèse est un moment très attendu. Après plusieurs années de recherche, il faut réussir à prendre du recul sur son travail, le présenter en 20 minutes et défendre ses choix devant un jury. Julie Jammes, docteure en sciences de gestion, revient sur son expérience et partage ses conseils pour bien préparer sa soutenance et aborder ce moment de manière plus sereine.

Présentation

Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Julie Jammes. Après avoir suivi le master Marketing Médias et Communication à Montpellier Management (aujourd’hui intitulé Marketing et Communication des Organisations), j’ai poursuivi mes études par un doctorat en Sciences de gestion, spécialité Marketing.

Ma thèse a été réalisée dans le cadre d’un contrat CIFRE en collaboration avec Open Tourisme Lab, structure au sein de laquelle j’occupe désormais le poste de chargée de projets européens.

Pourquoi avoir choisi la voie doctorale ?

« Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous. »

Cette citation résume bien le cheminement qui m’a conduite vers la recherche.

Lors de mon Master 1 à Montpellier Management, la découverte des articles académiques à travers les lectures recommandées par les enseignants a été une révélation. Ces textes, riches en théories et en données, m’ont tout de suite passionnée.

Dans le cadre de mon master, un stage au sein de la Chaire Cit.Us m’a permis de conduire un projet de recherche en lien direct avec le futur sujet de ma thèse. L’accompagnement de mes directeurs de recherche durant cette expérience a ensuite naturellement conduit à l’engagement dans un doctorat.

Partie 1 – Préparer sa soutenance

Quelles ont été les étapes clés de ta préparation ?

Après le dépôt de mon manuscrit, environ deux mois avant la soutenance, j’ai commencé à préparer ma présentation en travaillant simultanément sur deux aspects : la création du support visuel (PowerPoint) et la construction du fil conducteur. L’objectif était de résumer près de quatre années de recherche en 20 minutes, de manière claire, fluide et cohérente.

En développant mes slides, je cherchais en parallèle à raconter une histoire structurée, en retraçant les grandes étapes de ma thèse : de la genèse du sujet jusqu’aux principaux résultats. Chaque diapositive devait s’inscrire dans cette logique narrative.

Une fois cette première version finalisée, j’ai réalisé plusieurs essais à l’oral. Ces répétitions m’ont permis d’ajuster le contenu : modifier l’ordre de certaines diapositives, en retirer, en ajouter de nouvelles, afin d’obtenir une présentation équilibrée

J’ai ensuite organisé des pré-soutenances devant différents publics (mes directeurs, des collègues du laboratoire, des ami.e.s, ma famille) afin de recueillir un maximum de retours et d’améliorer ma présentation.

Une autre étape clé de ma préparation a été l’anticipation des questions du jury. Pour cela, j’ai pris le temps d’étudier les publications de chaque membre afin d’identifier leurs domaines d’expertise et de repérer les angles à partir desquels ils pourraient interroger mon travail.

J’ai élaboré plus de 50 questions-réponses : d’abord sous forme rédigée, puis sous forme de fiches et de flashcards. Je me suis ensuite entraînée à y répondre à l’oral, dans des conditions proches de celles de la soutenance.

Enfin, j’ai continué à me nourrir intellectuellement jusqu’au bout : lecture d’articles récents, podcasts, interviews… Tout cela m’a permis d’arriver bien préparée le jour J.

Quelles difficultés as-tu rencontrées et comment les as-tu surmontées ?

La principale difficulté a été le stress et la pression que je m’imposais, surtout à l’idée de la phase des questions. J’avais l’impression de me laisser submerger.

Pour y faire face, j’ai décidé de rééquilibrer mon temps : passer mes week-ends en famille, sortir davantage, profiter d’activités simples. J’ai aussi renoué avec ma passion pour le dessin, une activité qui m’a permis de déconnecter et de relâcher la pression.

Selon toi, quelles sont les erreurs à éviter ?

L’une des erreurs les plus fréquentes est de sous-estimer le temps nécessaire à la préparation de la soutenance. Il est essentiel d’anticiper. En effet, la phase de finalisation est souvent plus longue qu’on ne l’imagine, avec de nombreuses itérations, des ajustements de dernière minute…

Il faut aussi apprendre à équilibrer son temps. Entre la préparation de la présentation orale, la relecture du manuscrit, l’anticipation des questions du jury et, parfois, la recherche d’emploi ou encore la poursuite d’une activité professionnelle en parallèle.

Il ne faut pas non plus minimiser la dimension orale de l’exercice. Même avec un contenu solide, une présentation monotone, mal chronométrée ou peu claire peut nuire à la perception globale du travail. S’entraîner à voix haute, chronométrer son discours et ajuster son rythme sont des étapes essentielles.

Enfin, s’isoler totalement dans sa préparation peut être contre-productif. Bien sûr, certaines phases demandent de la concentration, mais il est essentiel de s’ouvrir à des échanges extérieurs. Discuter avec d’autres doctorant·es, des collègues ou même des proches permet de prendre du recul. Dans mon cas, ma sœur m’a beaucoup aidée en jouant le rôle de jury. Elle me posait les questions issues de mes flashcards, ce qui m’a permis de m’entraîner à l’oral dans un cadre bienveillant. On a même réussi à rendre l’exercice agréable, presque ludique, ce qui m’a aidée à relâcher un peu la pression.

Partie 2 – Le jour J

Comment s’est déroulée la soutenance, dans les grandes lignes ?

Ma soutenance a eu lieu le 8 juillet à 14h. Je suis arrivée à l’université dès 10h pour préparer la salle prévue pour le pot de fin et installer mes affaires dans la salle de soutenance.

J’avais confié une mission importante à ma sœur et à un ami à savoir, accueillir mes proches entre midi et 14h et les guider jusqu’à la salle. De mon côté, tout était prêt à l’heure : j’étais debout, le diaporama projeté, prête à commencer.

Avant de prendre la parole, j’ai échangé quelques regards complices avec mes proches dans la salle. Ces petits gestes m’ont donné beaucoup de confiance pour me lancer dans ma présentation. Après mes 20 minutes de pitch, j’ai été invitée à m’asseoir et chaque membre du jury a pris la parole à tour de rôle pour poser ses questions.

Une fois les échanges terminés, tout le monde a été invité à sortir de la salle, à l’exception des membres du jury, qui se sont réunis pour délibérer. Une quinzaine de minutes plus tard, j’ai été rappelée pour entendre le verdict. Après l’annonce, j’ai prêté serment et j’ai pu remercier mes proches, très émus, qui avaient fait le déplacement.

Quels moments t’ont le plus marquée ?

Ce qui m’a le plus marquée, c’est le soutien immense que j’ai reçu. J’ai senti une véritable vague d’amour et de fierté émaner de mes proches. Cela m’a profondément touchée et portée tout au long de cette journée.

Le moment le plus difficile a sans doute été la phase des questions. J’étais très concentrée, presque comme « hors de mon corps », tant l’enjeu me semblait important. Le stress était bien présent, même si j’avais beaucoup anticipé cette étape.

Comment as-tu perçu les échanges avec le jury ?

Très honnêtement, les échanges avec le jury ont été extrêmement constructifs. Leurs remarques m’ont profondément touchée, car j’ai senti qu’ils avaient réellement pris le temps d’étudier mon travail dans son intégralité.

Leurs retours m’ont offert une nouvelle lecture de ma thèse, en me permettant de prendre du recul et d’envisager la suite sous un autre angle. Ils m’ont aussi suggéré de nouvelles pistes de réflexion pour poursuivre mes recherches.

J’ai eu la chance d’avoir un jury à la fois exigeant et bienveillant, et cela a grandement contribué à faire de cette soutenance un moment marquant et enrichissant.

Partie 3 – Après la soutenance

Comment t’es-tu sentie après la soutenance ?

Après la soutenance, j’ai ressenti un mélange intense de soulagement, de fierté et d’émotion. Le poids de plusieurs années de travail a enfin été reconnu, et j’ai pu savourer ce moment unique entourée de mes proches. Bien sûr, il y avait aussi une certaine fatigue, physique et mentale, mais surtout une grande satisfaction d’avoir relevé ce défi.

Avec le recul, qu’est-ce que cette expérience t’a appris, au-delà de la recherche ?

Cette expérience m’a beaucoup appris sur la gestion du stress et la capacité à communiquer clairement des idées complexes. Elle a renforcé ma confiance en moi et ma capacité à défendre mon travail devant un public exigeant.

Au-delà de la dimension scientifique, la soutenance a aussi été un formidable apprentissage humain : savoir écouter, recevoir des critiques constructives, et transformer ces retours en opportunités de progression. Enfin, elle m’a montré l’importance du réseau et du soutien, que ce soit familial, amical ou professionnel, dans la réussite d’un projet aussi exigeant.

Partie 4 – Un mot sur la thèse elle-même

Peux-tu résumer en quelques phrases tes travaux de recherche ?

Ma thèse porte sur l’acceptabilité pratique et sociale de l’innovation technologique, c’est-à-dire comment et pourquoi les individus perçoivent, évaluent et réagissent aux nouvelles technologies. L’innovation technologique, bien qu’elle promette progrès et transformations sociétales, soulève aussi des enjeux complexes liés à ses impacts sociaux, éthiques et environnementaux.

Mon travail analyse les critères qui influencent les réactions des individus face aux technologies émergentes, en prenant en compte à la fois leur utilité pratique dans la vie quotidienne et les valeurs, représentations ainsi que les attentes sociales qui façonnent leur acceptation ou leur rejet. Je m’intéresse également au rôle de la communication autour de l’innovation et au contexte d’usage dans la construction de ces perceptions.

L’objectif est de mieux comprendre les mécanismes psychologiques et sociaux qui déterminent les réponses attitudinales et comportementales des individus face à la technologie, afin d’éclairer les conditions d’un déploiement technologique plus socialement acceptable.

Nous remercions chaleureusement Julie Jammes pour son témoignage et ses précieux conseils.

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